1944 La bataille du charbon

Moins de trois mois après les derniers combats de la Libération, l’ordonnance du 13 décembre 1944 crée, à partir des 18 compagnies initiales…

Moins de trois mois après les derniers combats de la Libération, l’ordonnance du 13 décembre 1944 crée, à partir des 18 compagnies initiales, les Houillères Nationales du Nord et du Pas-de-Calais. La loi de nationalisation, le 17 mai 1946, leur donne pour nom Houillères du Bassin du Nord et du Pas-de-Calais, établissement public à caractère industriel et commercial. Charbonnages de France et les autres Houillères de Bassin sont créés dans le même temps. Le statut du mineur institue le droit au logement et au chauffage gratuit.

Les dommages de guerre sont importants dans le Bassin. Le souvenir des 150 bombardements aériens qui détruisirent 30% des logements ouvriers existants en 1939 n’est pas effacé. II faut, à la Libération, non seulement relever la région de ses ruines, mais véritablement fournir l’énergie pour reconstruire le pays, à une époque où le charbon représente 86% de sa consommation.

Le sort de la France est entre tes mainsexplique-t-on aux mineurs appelés à gagner la Bataille du Charbon et à dépasser les 100 000 tonnes/jour. En 1947, les 220 000 mineurs du Bassin ont remonté la production à plus de 28 millions de tonnes. Sous l’impulsion du Commissariat au Plan, les Houillères vont entreprendre un programme ambitieux de modernisation. En moins de vingt ans le nombre de puits d’extraction passe de 114 à 40 sans diminution notable de la production. Les chantiers du fond sont progressivement mécanisés, des engins modernes, haveuses, rabots pour l’abattage, soutènements métalliques, améliorent les conditions de travail malgré le handicap d’un gisement difficile, aux veines étroites et capricieuses.

De 1950 à 1960, le Bassin connaît une période de modernisation et de gains de productivité. En 1952, le record de la période d’après guerre est enregistré : 97 000 mineurs extraient 29,4 millions de tonnes de charbon et le rendement atteint 1 228 kg notamment grâce à la mécanisation (installation des premiers rabots, scrapers et haveuses, mise en place de soutènements métalliques, électrification du fond). Pourtant, les résultats financiers, eux, se dégradent sous I’effet de la concurrence du pétrole et du gaz. L’Ouest du gisement, saigné par une exploitation intensive pendant la première guerre mondiale, s’épuise rapidement. Des puits sont fermés à Auchel, Nœux-les-Mines, Bully, Vendin, tandis que les stocks de produits invendus s’accumulent sur les carreaux des mines.

Les investissements de modernisation réalisés depuis la libération n’ont en effet pas permis aux Houillères de se constituer la réserve financière désormais indispensable pour affronter la nouvelle concurrence du fioul et du gaz naturel. Rapidement les débouchés se rétrécissent. En 1960 les bénéfices tombent à zéro et les stocks s’accumulent sur les carreaux.
L’inquiétude gagne le pays minier.