L’étranger aux moustaches

Chapitre 1 – Les profondeurs de la mine
Jules Morel était mineur depuis l’âge de 14 ans. Son père avant lui, son grand-père aussi. Il connaissait la mine comme sa poche, les galeries étroites, l’odeur âcre du charbon, la chaleur oppressante. Chaque matin, il descendait avec sa lampe à huile et son pic, prêt à extraire la pierre noire qui faisait vivre sa famille.
Mais ce jour-là, quelque chose d’étrange se produisit. Alors qu’il creusait dans un tunnel éloigné, un bruit furtif attira son attention. Il tourna la tête et vit une paire de petits yeux noirs briller dans l’ombre. Un rat. Pas un de ces rats faméliques et craintifs qui fuient dès qu’ils aperçoivent un humain. Non, celui-ci l’observait fixement, comme s’il jaugeait Jules.

Chapitre 2 – L’étranger aux moustaches
Le rat revint plusieurs fois les jours suivants. Il ne semblait pas farouche. Intrigué, Jules commença à lui laisser quelques miettes de son pain. Peu à peu, l’animal se rapprocha, jusqu’à oser prendre la nourriture directement sous ses doigts.
« T’es un drôle de petit gars, toi… » murmura Jules en le regardant grignoter.
Il décida de l’appeler Noiraud, en référence à son pelage sombre, presque aussi noir que le charbon. Un lien étrange se tissa entre eux dans cette obscurité étouffante où les hommes et les bêtes partageaient le même enfer.

Chapitre 3 – La vie sous terre
Travailler à la mine était un labeur exténuant. Chaque jour, Jules creusait, soulevait, transportait des sacs de charbon. Les jours se ressemblaient, rythmés par le bruit des pioches et les coups sourds des wagonnets roulant sur les rails.
Mais depuis que Noiraud était là, il se sentait un peu moins seul. L’animal l’accompagnait dans ses allers-retours, trottinant à ses côtés comme un véritable compagnon de route. Les autres mineurs se moquaient de lui.
« Alors Jules, t’as adopté un rat maintenant ? Il va demander sa paie aussi ? » lança un ouvrier en riant.
Mais Jules s’en fichait. Il avait trouvé un ami dans les profondeurs.

Chapitre 4 – Le présage
Un soir, alors que Jules terminait sa journée, Noiraud se mit à se comporter bizarrement. Il tournait en rond, couinait, reniflait l’air comme s’il pressentait quelque chose d’anormal.
Jules fronça les sourcils. Les vieux mineurs disaient que les rats sentaient les catastrophes avant les hommes.
« Qu’est-ce que t’as, mon gars ? » murmura-t-il en regardant autour de lui.
Soudain, un craquement sinistre résonna dans la galerie. Jules sentit son cœur s’emballer. Sans réfléchir, il attrapa sa lampe et s’éloigna prudemment… juste avant qu’un pan de mur ne s’effondre là où il se tenait quelques secondes plus tôt.
Noiraud lui avait sauvé la vie.

Chapitre 5 – La dette
Jules était sous le choc. Sans Noiraud, il serait probablement enseveli sous une tonne de pierre et de charbon. Il s’agenouilla et tendit la main vers son petit sauveur.
« Merci, mon gars… T’es un vrai compagnon. »
Ce jour-là, leur lien se renforça encore davantage. Jules commença à parler à Noiraud comme à un ami, lui racontant ses peines, ses espoirs. Il n’avait jamais été très bavard, mais ici, dans l’obscurité de la mine, il n’y avait que lui et son rat.

Chapitre 6 – Les jaloux
Certains mineurs ne voyaient pas cette amitié d’un bon œil.
« Tu vas attraper la peste avec ton bestiau ! » cracha un des ouvriers.
D’autres riaient de lui, chuchotant qu’il était devenu fou à force de respirer la poussière de charbon. Jules n’y prêtait pas attention. Il savait ce que Noiraud avait fait pour lui.
Mais il y en avait un qui lui en voulait particulièrement : Pierre Laville, un mineur brutal et envieux. Ce dernier décida de se débarrasser de Noiraud…

Chapitre 7 – La trahison
Un soir, alors que Jules cherchait son ami dans les galeries, il entendit un rire cruel.
« Cherche pas, Morel… Ton rat est plus là. »
Jules sentit son sang se glacer. Laville avait-il osé lui faire du mal ?
Il courut dans les tunnels, appelant Noiraud. Puis il vit une petite silhouette recroquevillée contre une paroi. Son rat était blessé, une patte tordue.
Jules le prit délicatement dans ses mains.
« T’en fais pas, je vais te soigner… » murmura-t-il, la gorge serrée par la colère et la tristesse.

Chapitre 8 – La vengeance du mineur
Fou de rage, Jules alla confronter Laville.
« T’avais pas le droit ! » hurla-t-il.
Une bagarre éclata. Les poings volèrent, les autres mineurs durent les séparer. Jules en sortit avec un œil au beurre noir, mais il s’en fichait. Il avait protégé son ami.
Grâce aux soins qu’il lui prodigua avec le peu qu’il avait, Noiraud guérit lentement.

Chapitre 9 – La catastrophe finale
Un matin, un bruit sourd ébranla la mine. Une explosion. Jules et d’autres mineurs se retrouvèrent coincés sous terre.
L’air devenait irrespirable. Ils devaient trouver une issue avant d’être asphyxiés.
C’est alors que Noiraud se mit à courir, reniflant le sol, empruntant un passage étroit.
« Suivons-le ! » lança Jules.
Le rat les mena à une fissure qui débouchait sur une galerie intacte. Grâce à lui, ils purent s’échapper.
Noiraud avait sauvé plusieurs vies cette fois.

Chapitre 10 – Un héros à quatre pattes
Après la catastrophe, Jules quitta la mine. Il avait assez donné à la terre noire.
Il partit travailler à la surface, loin des profondeurs, mais Noiraud resta à ses côtés.
Les années passèrent. Le rat, fidèle compagnon, finit par s’éteindre paisiblement, blotti contre Jules.
Il lui creusa une petite tombe sous un arbre et grava sur une pierre :
« À Noiraud, ami fidèle, qui m’a sauvé plus d’une fois. Un rat, mais bien plus qu’une bête : un frère. »
Et à jamais, dans le cœur de Jules, son ami à quatre pattes resta son plus grand trésor.
Fin.

Chapitre 11 – Le retour sous terre
Malgré la catastrophe, quelque chose appelait encore Jules vers la mine. Il se jura pourtant de ne plus jamais descendre dans ces galeries de mort… mais les temps étaient durs, et l’argent venait à manquer.
Un jour, un ancien camarade, Émile, vint le voir.
« Jules, ils ont rouvert la fosse. Y’a du travail… »
Le mineur hésita. Il savait ce que cela signifiait : replonger dans l’obscurité, retrouver les couloirs étouffants. Il baissa les yeux vers la tombe de Noiraud.
« J’vais y réfléchir, » murmura-t-il.
Mais au fond, il savait que le charbon l’attendait toujours.

Chapitre 12 – Une ombre dans les galeries
Finalement, la nécessité eut raison de lui. Il reprit son casque, sa lampe et descendit à nouveau dans les entrailles de la terre.
Mais quelque chose le troubla. Dans la galerie où Noiraud l’avait sauvé, il entendit un bruit familier… un petit grattement, un couinement.
Jules se retourna brusquement. Son cœur se mit à battre plus fort. Là, dans l’ombre, une silhouette trottinait sur les rails.
Un rat.
Non… plusieurs rats.
Il n’en avait jamais vu autant. Des dizaines, immobiles, semblant l’observer dans la pénombre.
Un frisson lui parcourut l’échine.

Chapitre 13 – La rumeur du mineur fou
Les jours passèrent, et Jules sentit qu’il n’était jamais seul dans la mine. Chaque fois qu’il descendait, ces yeux brillants le fixaient. Certains de ses collègues commencèrent à murmurer derrière son dos.
« Il parle aux rats, Morel… Il est plus net. »
Jules lui-même se demandait s’il perdait la tête. Mais au fond de lui, il avait l’impression que Noiraud était toujours là, d’une certaine façon.
Les rats ne l’avaient jamais quitté.

Chapitre 14 – Un nouveau compagnon
Un matin, alors qu’il creusait dans une veine de charbon, un petit rat plus audacieux que les autres s’approcha.
Il était plus jeune, plus vif. Il avait la même fourrure sombre que Noiraud… mais une tache blanche sur le museau.
Jules tendit la main. Le rat hésita, puis grimpa sur son bras.
« Toi… » murmura-t-il, un sourire naissant sur ses lèvres.
Il venait de se faire un nouvel ami.

Chapitre 15 – Le don des rats
Les mois passèrent, et Jules remarqua quelque chose d’étrange. Chaque fois qu’un éboulement menaçait, les rats disparaissaient juste avant.
Ils savaient.
Jules se mit à les observer. Quand ils fuyaient une galerie, il prévenait les autres mineurs. Au début, on le prenait pour un fou.
Mais un jour, son instinct sauva des vies.
Il tira Émile en arrière juste avant qu’un effondrement n’ensevelisse le tunnel où ils travaillaient.
Les hommes commencèrent à le regarder différemment.
« Peut-être qu’il a raison… peut-être qu’ils savent. »

Chapitre 16 – La guerre contre les rats
Mais tout le monde n’appréciait pas cette alliance entre Jules et les rats.
Un nouvel ingénieur, Monsieur Valmont, arriva à la mine. Il détestait les bêtes.
« Ces sales bestioles propagent des maladies ! » fulmina-t-il.
Il ordonna de poser des pièges partout.
Jules tenta de l’en dissuader.
« Monsieur, sans eux, on est fichus. Ils sentent le danger avant nous. »
Mais Valmont ne voulait rien entendre.
Les pièges furent posés.

Chapitre 17 – L’alerte silencieuse
Les rats commencèrent à disparaître. Jules ne voyait plus que quelques silhouettes furtives. Son nouvel ami, qu’il avait nommé Petit Noir, restait caché.
Un soir, il sentit une tension étrange. Pas un bruit, pas un seul rat dans la galerie.
« Mauvais signe… » murmura-t-il.
Il prévint ses collègues.
« On doit remonter. Maintenant. »
Certains hésitèrent, d’autres se moquèrent.
Et puis…
Le sol trembla.

Chapitre 18 – L’effondrement
Un vacarme assourdissant retentit. La mine se fissura, les galeries s’écroulèrent. Des tonnes de charbon et de roche tombèrent dans un fracas terrifiant.
Jules courut, tentant d’échapper à la poussière aveuglante. Il trébucha, s’écroula, sentit le sol céder sous lui.
Dans les ténèbres, il n’entendit plus rien… sauf un petit couinement tout près de lui.
Petit Noir était là.
Blessé, couvert de poussière, mais vivant.

Chapitre 19 – La dernière évasion
Coincé sous terre avec d’autres mineurs, Jules sut qu’ils devaient retrouver une sortie.
Il posa Petit Noir sur le sol.
« Trouve un passage, mon gars… »
Le rat renifla l’air et trotta dans un boyau étroit. Jules le suivit, traînant ses camarades avec lui.
Après des heures d’errance, ils virent enfin une lueur.
Petit Noir les avait guidés hors de la mort.

Chapitre 20 – La mémoire des ombres
La mine fut fermée après cette catastrophe. Jules, lui, quitta son métier pour de bon.
Il s’installa dans une petite maison près des champs, loin du charbon, loin des galeries.
Petit Noir vécut encore plusieurs années à ses côtés. Puis un jour, comme Noiraud avant lui, il s’éteignit paisiblement.
Jules lui creusa une tombe, juste à côté de l’autre.
Il grava sur la pierre :
« À Petit Noir, héritier de Noiraud, fidèle compagnon et guide des âmes perdues. »
Il regarda la mine au loin, silhouette sombre contre le ciel.
Les rats, les vrais gardiens des profondeurs, n’avaient jamais été les ennemis.
Ils avaient toujours été les anges de la mine.

Fin