Fosse 6 de Haisnes

Pauvre petite fosse 6 de Haisnes

On t’a oubliée ! Tu ne figures pas sur la liste proposée au classement du patrimoine de l’Unesco ! Pourquoi ?Tu es peut-être vraiment trop petite.Tu es trop bien cachée au milieu de la verdure et des arbres.Tu ne reçois pas de visiteurs comme tes grandes sœurs à Loos en Gohelle , à  Wallers- Arenberg ou à Lewarde.Pourtant tu as bien rempli ton rôle à l’extraction du charbon jusqu’en 1914.Comme les autres fosses de la compagnie de Lens tu as été complètement détruite en 1915.Reconstruite dans les années 20, tu as encore extrait le charbon jusqu’en 1936.Puis, tu as été utilisée comme puits d’aérage pour la fosse 13 d’Hulluch jusqu’en 1955.Ensuite, on t’a abandonnée à ton triste sort et on te néglige encore.On t’amputée méchamment de tes molettes en 2004.Tu es le théâtre de louches visites nocturnes ou de batailles dangereuses de paint-ball.Pourtant, ton chevalet en béton est l’unique rescapé des fosses du Pas de Calais.Pourtant, tes bâtiments annexes t’entourent encore et te protègent.Pourtant, tu es encore mignonne et complète malgré les atteintes du temps et les intempéries.Pourtant, tu es la fosse de la célèbre lampiste que tout le monde chante et le café Machu était à Haisnes : « lampiste, em’ tiote lampiste, m’lampe all’ va bien mais mi j’sus triste… »Mi aussi j’sus triste ! Alors, que faire ? Faut-il encore alerter les défenseurs de la mémoire de la mine ?Faut-il réunir de nouveau les enfants et petits-enfants des mineurs pour manifester publiquement et réclamer justice pour la pauvre petite fosse 6 de Haisnes ?

Guy Dubois  

La fosse 6 n’a pas été oubliée

Et maintenant ?

Après de nombreux sondages, un puits est ouvert sur le territoire de la commune en 1861, par la Compa­gnie des Mines de Douvrin. On exploite d’abord le charbon à 113 mètres de profon­deur, puis la fosse est approfondie à 240 mètres. A la suite de difficultés financières, elle est rachetée par la Compagnie des Mines de Lens qui extrait 940 000 tonnes en 1880. À l’époque, on y descend les mineurs ac­croupis à 4 ou 5 dans les berlines que l’on encage. Des enfants de 10 à 12 ans y tra­vaillent pour pousser au fond les barrous (berlines vides) ou les balles (berlines plei­nes). Pendant la guerre 1914-1918, la fosse Alfred-Descamps, comme on l’appelle, est entièrement détruite.

La catastrophe de 1883

Les bâtiments et le chevalet que nous connaissons bien datent des années 1920-1925. La fosse 6 reprend son extrac­tion jusqu’en 1936. Beaucoup de Haisnois ont le souvenir de parents ou de grands-pa­rents qui y ont « dévalé » et qui racontent comment on descendait les chevaux san­glés sous la cage. À partir de 1936, la fosse 6 sert à l’aérage de la fosse 13 d’Hulluch : on y a installé deux énormes ventilateurs qui as­pirent l’air vicié des travaux du fond à Hulluch, puis, après creusement d’une galerie, au 7 de Wingles. Elle cesse toute activité vers 1955. Le puits profond de 240 mètres est remblayé en 1959, date à laquelle les ins­tallations sont rachetées aux Houillères par un particulier.

L’histoire retient une catastrophe notable survenue en ces lieux. Le 30 avril 1883 à 6h, une importante venue d’eau se produit à la suite d’un abattage de charbon à l’explosif. À 7h, devant l’inondation, tous les hommes sont remontés : l’accrochage à 213 mètres est complètement submergé. Le personnel était sain et sauf, mais les chevaux périrent noyés au fond. On relève également dans le service d’état civil de la mairie, les noms de 29 mineurs de Haisnes et des environs tués au fond de la fosse, dont un enfant de 15 ans, au cours de l’exploitation.

La fosse 6, seul site complet ?

La fosse 6 fait partie du paysage minier de la commune depuis un siècle et demi. Son pe­tit chevalet en béton, caractéristique des Mines de Lens, est l’unique rescapé en son genre. Il existe quatre sites miniers préser­vés dans le bassin minier du Nord/Pas-de-Calais (Wallers-Arenberg, Lewarde, Fosse 9 à Oignies, Fosse 11-19 à Loos-en-Gohelle), quatre ensembles modernes. La fosse 6 se­rait le seul site minier complet ancien du bas­sin minier et elle était munie de ses deux mo­lettes de 3,50m de diamètre. Si les chevalets métalliques qui se dres­saient fièrement vers le ciel s’apparentaient à de petites Tours Eiffel, les molettes qui les ornaient étaient le symbole de I industrie charbonnière locale. Partout, en pays mi­nier, les yeux se portaient instinctivement vers ces roues en haut des chevalement Ces molettes en mouvement signifiaient production, travail et contribution à la richesse du pays. À l’arrêt, elles indiquaient que la fosse était soit en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail, se en deuil à la suite d’un accident ou d’une catastrophe. Les molettes du 6 ornaient le chevalet depuis 1920, époque où l’on demandait aux mineurs de relever le pays en ruine

Une pétition toujours en cours Quand on songe que les mineurs de Ia fosse 9 d’Oignies ont réussi le tour de fore de faire tourner leurs molettes pour Ia Sainte-Barbe 2003, quand on pense que li bassin minier du Nord/Pas-de-Calais se bat pour obtenir son classement à l’Unesco, Haisnes-lez-La-Bassée on a le cœur boule versé d’apprendre que les molettes cisaillées viennent de faire le bonheur d’un fer railleur. Un véritable sacrilège vient de se dé rouler pour tous ceux qui sont soucieux di respect de la mémoire des mineurs. « Où va s’arrêter le vandalisme ? Personne n’ose se prononcer ! Le propriétaire est en conflit avec l’Établissement public foncier qui propose un prix d’achat : il a menacé de détruire le site. Monsieur le maire a émis un avis défavorable et la préfecture a refusé le permis de démolir. La municipalité voit avec tristesse son patrimoine historique amputé et se mobilise pour sauvegarder la fosse 6 », se désole Guy Dubois, responsable de la Maison des parlaches à Haisnes. Le Hais­nois ne reçoit plus aucune nouvelle et s’in­quiète de plus en plus. Samedi 10 avril 2004, une manifestation avait été organisée et avait rassemblé 150 personnes. Une pétition est toujours en cours où il est demandé à tous ceux qui dési­rent que soit sauvegardé ce témoin de notre histoire, de déposer leur bulletin dans l’urne en mairie.

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Monuments historiques de la mine

Six édifices du patrimoine minier du Nord – Pas-de-Calais sont, depuis le 28 septembre, classés monuments historiques. Sur 53 dossiers (environ 70 édifices) retenus par la Commission régionale du patrimoine et des sites, la commission nationale des monuments historiques a donc émis six avis favorables. Il faut en effet distinguer dans le code du patrimoine deux niveaux de protection au titre des Monuments historiques: le classement et l’inscription. Sont désormais « classés » : l’ancienne fosse Mathilde à Denain, l’ancien site minier de la fosse Delloye (Centre historique minier) à Lewarde, le site du 11-19 à Loos-en-Gohelle, le bâtiment et la machine d’extraction de l’ancienne fosse n°2 à Oignies, l’église Sainte-Barbe à La Sentinelle et l’ancien site minier de la fosse Arenberg à Wallers Parmi les grands ensembles de l’exploitation minière, les sites de Wallers, Oignies et Loos-en-Gohelle votent ainsi leur protection étendue et renforcée par le classement.

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Années 80. La tendance est plutôt à la suppression de tout ce qui touche a l’histoire du charbon. Mais avec la mise en place de la Mission bassin minier, l’idée de préserver le patrimoine voit le jour. Elle n’aboutira que vingt ans plus tard…

2002. La France inscrit le bassin minier du Nord – Pas-de-Calais sur la liste indicative soumise à l’UNESCO, en vue d’une inscription au patrimoine mondial. Sur cette liste, on trouve des sites prestigieux comme le Mont-Saint-Michel, la cathédrale d’AIbi, Carcassonne…

2003. L’association BMU est créée pour porter le projet.

2003-2005. Un premier dossier est monté et des pistes sont lancées.

2005-2007. La Mission bassin minier travaille à la mise en œuvre d’un schéma de développement    patrimonial à l’échelle du territoire afin d’établir un plan de gestion pour la future candidature. Entre

autres, un inventaire des biens liés à |a mine est réalisé, des études historiques, paysagères, juridiques, etc. sont menées.

2008-2009. Les fondements de la candidature sont validés par le Comité des biens français du patrimoine mondial. Au cours de l’été 2009, les Monuments historiques décident de protéger 69 édifices issus du patrimoine minier.

2010. La France présentera le dossier de candidature qu’elle aura retenu entre le bassin minier et la Champagne-Ardenne.

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Le bassin minier, un « paysage évolutif » peut-être bientôt patrimoine mondial.

Début 2010, le président de la République et son Premier ministre auront fait leur choix entre le bassin minier et la Champagne-Ardenne pour la candidature française annuelle au patrimoine mondial de (‘UNESCO. D’ici là, les huit communautés de communes concernées dans notre région auront signé une charte patrimoniale pour garantir la préservation des ensembles miniers retenus. La CAHC a ouvert le bal vendredi soir.

Terre plate surmontée d’impressionnants cônes noirs, le bassin minier du Nord – Pas-de-Calais offre un paysage pour le moins atypique. Voire remarquable ou exceptionnel. C’est en tout cas comme cela que certains sites du territoire ont été qualifiés par la Mission bassin minier (MBM), en vue d’une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Depuis 2005, la MBM s’est attelée à recenser l’ensemble des traces que l’exploitation minière a laissé dans le secteur. Et elles ne manquent pas ! Entre le monument érigé à Oignies en souvenir de Madame De Clercq – chez qui a été trouvée la première veine de charbon du Pas-de-Calais -, la mairie de Carvin, l’église polonaise de Dourges ou encore les incontournables cités et terrils… le choix est vaste. Un travail de hiérarchisation a donc été mené, déterminant les sites puis les ensembles à caractère exceptionnel ou remarquable. Au final, 2 5 % de ce qui subsiste a été qualifié d’au moins remarquable.

Des atouts à faire valoir.

« Des éléments isolés n’ont pas vraiment d’intérêt, explique Jean-François Caron, président de l’association du Bassin minier pour la Candidature UNESCO. Mais notre patrimoine » est riche et il montre comment le système minier s’est organisé autour de la fosse, avec le terril, les corons, etc. » Et ça tombe plutôt bien. Car comme le stipule Jean-François Caron, «l’UNESCO demande deux choses : que l’on démontre que le patrimoine est exceptionnel au niveau de la planète et que le projet présenté ait un caractère universel ». Deux critères auxquels le dossier bassin minier semble répondre en tous points. « C’est un gros atout pour nous. On trouve des sites miniers partout dans le monde, avec les mêmes phénomènes : l’arrivée de capitaux, les déplacements de population, les mobilisations pour les avancées sociales… », Continue-t-il. Un troisième point pourrait faire pencher la balance en faveur de la région. Le plan de gestion présenté devrait être assez solide pour garantir le maintien d’une partie du patrimoine en l’état.

Pour acter cela, une charte patrimoniale devrait être signée avant fin décembre par les huit communautés de communes concernées. Le processus a commencé vendredi avec la Communauté d’agglomération Hénin – Carvin. Cette charte fonctionne un peu comme un plan local d’urbanisme. Un territoire à protéger est délimité autour des « biens proposés ». Puis une « zone tampon » est créée entre ces derniers et le reste du secteur laissant place à un « paysage évolutif». Car la reconnaissance par L’UNESCO, « n’est pas un classement au sens habituel du terme. Il s’agit de la reconnaissance d’un patrimoine évolutif. Dedans, on retrouve le passé et le futur », précise Yves Dhau-Decuypère, directeur de la MBM. Autrement dit, rien n’est figé. Les éventuelles rénovations, isolations, etc. pourront être réalisées. Juste, dans les ensembles classés, des rues entières ne pourront plus être abattues. Mais on n’en est pas encore là. Le président de la République et le Premier ministre devront d’abord choisir le dossier qu’ils souhaitent présenter début 2010 : la Champagne-Ardenne ou le bassin minier. Ensuite, si la région est retenue, les inspecteurs de l’UNESCO viendront s’assurer que le projet papier colle à la réalité ; Si c’est bien le cas, le bassin minier deviendrait patrimoine mondial de l’humanité. Et, en parallèle du Louvre-Lens, le renouveau du territoire pourra peut-être commencer.

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